Far breton de grand-mère : la recette authentique aux pruneaux

22 August 2026
12 min de lecture

Cuisine rétro · Le goût des vacances bretonnes

Le far breton de grand-mère tient en quatre ingrédients, farine, sucre, œufs et lait entier, plus une signature : le beurre salé. La pâte se fouette en cinq minutes, repose une heure au frais, puis se verse sur des pruneaux moelleux avant une cuisson longue au four. Voici la recette authentique, pas à pas, et le débat des pruneaux réglé de bonne humeur.

L'essentiel

  • Une pâte simple : 250 g de farine, 200 g de sucre, 4 œufs, 1 litre de lait entier, 30 g de beurre salé.
  • Le repos obligatoire : 1 heure au frais, c'est lui qui fait la texture dense et fondante.
  • Des pruneaux réhydratés : 15 minutes dans du thé tiède, égouttés et légèrement farinés.
  • Cuisson en deux temps : 10 minutes à 200 °C, puis 35 à 40 minutes à 180 °C.
  • Servi tiède : jamais sorti du réfrigérateur, coupé en carrés à même le plat.

Le far breton, un goût de fin de vacances

Le far breton est le gâteau des vacances : sur la côte, presque toutes les boulangeries en vendent à la part, dense et doré sous son papier. Fin août, quand il faut rentrer, le refaire à la maison prolonge l'été de quelques jours. Il ne demande ni robot ni tour de main, seulement de la patience.

Tout le monde a sa part de far quelque part dans la mémoire. Achetée à la boulangerie du port entre deux averses et mangée sur la digue, face aux bateaux. Ou servie par une grand-mère qui la coupait directement dans le plat.

Fin août, les valises se referment et ce goût-là manque déjà. Bonne nouvelle : de tous les souvenirs de vacances, le far est le plus simple à rapporter. Pas besoin de vue sur mer, seulement d'un four, d'un litre de lait entier et d'une heure de patience. La recette qui suit est celle des maisons, sans crème et sans chichis.

De la bouillie des fermes au gâteau du dimanche

Le mot far vient du latin far, qui désigne le blé : à l'origine, c'est une bouillie de céréales cuite au four dans les fermes bretonnes, salée ou sucrée selon ce qu'on avait. La version sucrée au froment, enrichie d'œufs et de lait, est devenue le far que l'on connaît, avec ou sans pruneaux.

Avant d'être un dessert, le far était un plat qui tenait au corps. En breton, farz désigne ces préparations de farine bouillies ou cuites au four qui accompagnaient les journées de travail : farz noir de sarrasin, servi avec le pot-au-feu breton, farz blanc de froment, plus doux. Le far du four, sucré, était celui des dimanches et des pardons.

Les pruneaux, eux, ne poussent pas en Bretagne. La tradition qu'on raconte dans les crêperies veut que les marins en aient rempli leurs cales dès l'Ancien Régime : le fruit séché se conservait des mois et embarquait bien. Vérité ou belle légende, le pruneau s'est installé dans le far comme chez lui.

Il vient d'ailleurs de loin : la France a récolté 30 500 tonnes de pruneaux en 2024, issus d'une seule variété, la prune d'Ente, cultivée dans le Sud-Ouest (ministère de l'Agriculture, 2025).

Avec ou sans pruneaux ? Le débat, tranché de bonne humeur

Les deux écoles ont raison : le far nature est la version des puristes, le far aux pruneaux celle qui a conquis tout le monde. Choisissez des pruneaux dénoyautés bien moelleux, réhydratez-les quinze minutes dans du thé tiède, farinez-les légèrement, et le débat se réglera à table, part contre part.
Pruneaux moelleux à la peau plissée, en gros plan
Un bon pruneau de far est charnu et brillant : il regonfle au trempage et reste moelleux à la cuisson.

Dans certaines familles bretonnes, le far ne souffre aucun fruit ; dans d'autres, un far sans pruneaux est un far triste. Ce débat-là traverse les générations sans fâcher personne, et chacun ressert sa version au goûter suivant.

Si vous choisissez le camp des pruneaux, choisissez-les bien : dénoyautés, charnus, souples sous le doigt. Comptez qu'il faut en moyenne 3 kg de prunes fraîches pour obtenir 1 kg de pruneaux (ministère de l'Agriculture, 2025) : toute la saveur du fruit s'y concentre, et c'est ce petit goût confit qui parfume la pâte autour.

Le geste de grand-mère : un bain de quinze minutes dans du thé tiède, un thé noir léger, pour les regonfler. Égouttez, séchez, puis roulez-les dans un voile de farine avant de les déposer dans le plat. Ils resteront répartis dans la pâte au lieu de s'entasser tous au fond.

Le far accueille aussi des raisins blonds, gonflés de la même façon : la version que servaient bien des familles quand le paquet de pruneaux était vide. Pour un premier far, restez au pruneau : c'est lui le titulaire.

Far, clafoutis, flan pâtissier : trois cousins, trois textures

Le far breton se distingue par sa pâte riche en farine, sans fond de tarte, cuite longtemps : il en tire une texture dense et fondante. Le clafoutis, plus léger en farine, reste souple et proche de la crêpe épaisse. Le flan pâtissier, lui, est une crème prise sur une pâte.

Les trois se ressemblent sur le papier : des œufs, du lait, du sucre, un plat qui va au four. Tout se joue dans les proportions et dans le temps de cuisson.

Far breton Clafoutis Flan pâtissier
La pâte riche en farine, au lait entier et au beurre salé, sans fond de tarte fluide, proche d'une pâte à crêpes épaisse crème aux œufs épaissie, versée sur une pâte brisée ou feuilletée
Les fruits pruneaux moelleux, ou rien du tout cerises entières de juin, en pleine pâte aucun, la vanille fait le travail
La texture dense, serrée, fondante souple, entre crêpe et flan crémeuse, tremblante sous la croûte
Le service tiède ou à température ambiante, en carrés tiède, à la cuillère dans son plat bien frais, en parts nettes

La densité du far vient de là : plus de farine qu'un clafoutis pour la même quantité de lait, et une bonne dizaine de minutes de four en plus. Il se coupe donc en carrés nets qui se mangent à la main, quand le clafoutis réclame sa cuillère.

Chaque saison a ainsi son dessert de plat : en juin, les cerises du jardin finissent dans le clafoutis aux cerises ; la fin de l'été, elle, appartient au far et à ses pruneaux. Même famille, autre caractère : le clafoutis est un dessert de verger, le far un gâteau de terroir qui se transporte, se garde et cale son monde.

Une pâte toute simple, à condition de la laisser reposer

La pâte du far demande 250 g de farine, 200 g de sucre, 4 œufs, un litre de lait entier et 30 g de beurre salé fondu. Elle se fouette en cinq minutes, sans robot. Le secret est ailleurs : une heure de repos au frais, pour que la farine s'hydrate et que le far cuise fondant.
Œufs, farine et sucre sur un torchon de lin, prêts pour la pâte
Quatre ingrédients du quotidien : la pâte du far se prépare au fouet, dans un seul saladier.

Le beurre salé fait bien plus que saler : fondu dans la pâte et largement passé sur le plat, il donne à la croûte son parfum de caramel et sa couleur profonde. Le lait entier compte tout autant. Avec un lait écrémé, le far perd sa rondeur et sèche plus vite.

Reste l'étape que tout le monde veut sauter : le repos. Une heure au frais, sous un torchon. Pendant ce temps, la farine absorbe le lait, les grumeaux se défont d'eux-mêmes et la pâte épaissit doucement. Versée trop tôt, elle donne un far caoutchouteux ; reposée, elle cuit dense et fondant à la fois.

Nos grand-mères ne connaissaient pas le mot hydratation. Elles préparaient la pâte après le déjeuner, la laissaient sur la pierre du cellier et enfournaient à l'heure du goûter. Le résultat leur donnait raison.

La recette du far breton aux pruneaux pas à pas

Beurrez généreusement un plat à bords hauts, déposez-y les pruneaux réhydratés et farinés, versez la pâte reposée et enfournez 10 minutes à 200 °C puis 35 à 40 minutes à 180 °C, jusqu'à une croûte brun acajou. Laissez tiédir trente minutes dans le plat avant de couper en carrés.

Les ingrédients (plat de 26-28 cm, 8 parts)

  • 250 g de farine T55
  • 200 g de sucre
  • 4 œufs
  • 1 litre de lait entier
  • 30 g de beurre salé fondu, plus une belle noix pour le plat
  • 250 g de pruneaux dénoyautés moelleux
  • 1 sachet de sucre vanillé, ou 1 cuillère à soupe de rhum ambré (facultatif)
  1. Faites tremper les pruneaux 15 minutes dans du thé tiède ou de l'eau chaude. Égouttez-les et séchez-les dans un torchon.
  2. Fouettez les œufs avec le sucre jusqu'à ce que le mélange blondisse.
  3. Versez la farine en pluie et mélangez sans insister, juste assez pour l'incorporer.
  4. Ajoutez le lait tiédi en filet, puis le beurre salé fondu, et le sucre vanillé ou le rhum si vous en mettez. La pâte doit rester très fluide.
  5. Laissez reposer la pâte 1 heure au frais, couverte d'un torchon.
  6. Préchauffez le four à 200 °C. Beurrez généreusement le plat, roulez les pruneaux dans un voile de farine et répartissez-les au fond.
  7. Fouettez la pâte trois secondes pour la détendre, versez-la sur les pruneaux et enfournez : 10 minutes à 200 °C, puis 35 à 40 minutes à 180 °C.
  8. Sortez le far quand la croûte est brun acajou et le centre à peine tremblant. Laissez-le tiédir 30 minutes dans son plat : il va retomber, c'est prévu.

Un mot sur le rhum : une cuillère à soupe parfume la pâte à l'ancienne, et l'alcool s'évapore presque entièrement à la cuisson. Pour les tablées d'enfants, ou si vous préférez vous en passer, le sucre vanillé donne un far tout aussi parfumé. Quant à la bouteille, elle retourne au placard : l'abus d'alcool est dangereux pour la santé.

Votre far, à votre façon

Combien serez-vous à table, et dans quelle chapelle êtes-vous ?

La cuisson : croûte acajou, cœur qui tremble à peine

Un far réussi se reconnaît à trois signes : une croûte brun acajou, des bords qui se décollent du plat et un centre qui tremble à peine quand on le secoue doucement. Il gonfle en fin de cuisson puis s'affaisse en tiédissant, comme tous les fars avant lui. Comptez 45 à 50 minutes en tout.
Far breton doré dans son plat ovale en terre cuite
Le plat en terre cuite des maisons bretonnes : le far y cuit doucement et s'y sert directement, à la grande cuillère.

Le choix du plat pèse sur le résultat. La terre cuite des maisons bretonnes chauffe doucement et donne une croûte épaisse sur des bords fondants ; un moule en métal caramélise davantage ; un plat en verre permet de surveiller la couleur du dessous. Dans tous les cas, prenez des bords hauts : le far gonfle avant de s'assagir.

La couleur peut inquiéter la première fois : un far n'est pas cuit quand il est blond, il est cuit quand il est brun. Cette croûte foncée, presque acajou sur les bords, fait le goût autant que le décor. Elle vient du beurre salé du plat, du sucre de la pâte et d'un four qu'on ne dérange pas pendant les vingt premières minutes.

Le test reste celui de la lame : plantée au centre, elle doit ressortir propre, avec au plus une trace humide. Si le dessus fonce trop vite alors que le centre tremble encore franchement, posez une feuille de papier cuisson dessus et poursuivez la cuisson à 170 °C.

Vient enfin la descente, spectaculaire et normale : le far sort du four gonflé comme un coussin, puis s'affaisse en tiédissant. Résistez à l'envie de le couper chaud : trente minutes de patience, et les parts se tiendront nettes.

Servi tiède, comme au retour de la plage

Le far breton se sert tiède ou à température ambiante, jamais sorti du réfrigérateur : le froid fige sa texture et éteint le beurre salé. Coupez-le en carrés à même le plat, avec un café pour les grands. Il se garde deux jours sous un torchon, dans un coin frais de la cuisine.

Le far des goûters ne s'embarrasse pas de dressage : le plat arrive tel quel, posé sur un dessous de plat rétro, et chacun se sert. Le café suit sur un plateau de service vintage, avec des serviettes en tissu qui ne craignent ni les doigts beurrés ni les miettes de croûte.

C'est aussi un gâteau qui voyage bien : glissez le plat refroidi dans un panier avec le reste de la cuisine rétro du dimanche, il fera le bonheur d'un pique-nique de rentrée.

Le lendemain, dix minutes à 150 °C lui rendent son moelleux et réveillent le parfum du beurre salé. Évitez seulement le réfrigérateur, qui raffermit la pâte et éteint le goût. Au-delà de deux jours, la question de la conservation ne se pose plus vraiment : il ne reste jamais rien à conserver.

Un dernier conseil : si votre grand-mère a sa version, avec son plat fétiche et sa poignée de pruneaux en plus, notez-la avant qu'elle ne s'efface. Un carnet de recettes de famille se remplit exactement pour cela, un far après l'autre.

La pâte repose déjà ? Alors le plus dur est fait. Dans une heure, la cuisine sentira le beurre chaud et la croûte caramélisée, et la Bretagne sera un peu moins loin.

Photos du far : Arnaud 25, CC BY-SA 4.0 et Ewan ar Born, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons (images recadrées).

Le far est au four, la table attend.

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Foire Aux Questions (FAQ)

Pourquoi faut-il laisser reposer la pâte du far breton ?

Le repos d'une heure au frais laisse la farine s'hydrater complètement : la pâte épaissit, les grumeaux se dissolvent et le far cuit dense et fondant au lieu de rester caoutchouteux. Nos grand-mères préparaient la pâte après le déjeuner pour enfourner au goûter. Si vous êtes pressé, trente minutes valent mieux que rien.

Faut-il faire tremper les pruneaux pour un far breton ?

Oui, quinze minutes dans du thé tiède ou de l'eau chaude suffisent : les pruneaux regonflent et restent moelleux à la cuisson au lieu de durcir. Égouttez-les et séchez-les bien avant de les déposer dans le plat. Un léger voile de farine les aide aussi à ne pas tomber tous au fond.

Pourquoi mon far breton retombe-t-il en refroidissant ?

Parce que c'est sa nature : le far gonfle au four sous l'effet des œufs et de la vapeur, puis s'affaisse en tiédissant pour retrouver sa texture dense, entre flan et gâteau. Ce n'est pas un soufflé raté. Laissez-le tiédir trente minutes dans son plat : c'est là qu'il est le meilleur.